hébergements sur le chemin…

En faisant des recherches sur nos étapes du chemin de Compostelle j’ai retrouvé par hasard un billet que j’avais écrit le 10 mai 2009 : L’accueil sur le chemin d’Arles, du Grand-Lemps à Valence. Franchement je le trouve intéressant et je vous conseille sa lecture.

Par contre je n’ai pas retrouvé le récit de notre passage au Couvent de Malet situé à Saint-Côme-d’Olt dans l’Aveyron. Ce jour-là nous avions  cheminé d’Aubrac à Saint-Côme (24km, amplitude 7h50) lors de notre tronçon allant du Puy à Figeac. Le souvenir de cette étape chez les sœurs Ursulines restera gravé du fait de deux anecdotes que je vais essayer de vous narrer, du mieux que je peux, 12 ans plus tard.

Le dîner ce soir là avait lieu dans le réfectoire du couvent. Une grande tablée était réservée aux pèlerins. Pour une fois je n’étais pas en avance et à notre arrivée avec ma compagne d’alors, il ne restait plus que deux places, celles en face de la mère supérieure. Comme par “hasard” la douzaine de pérégrinos avaient évité les places “à risque” si l’on peut les appeler ainsi…  Même le vieux briscard de Cahors s’était dérobé. Il était cependant à portée de voix pas loin de moi et il n’allait pas me laisser seul en face de cette dame qui en imposait. C’est lui qui m’avait dit lors de notre rencontre au cours d’une étape précédente : «Mon pauvre, t’as mis les pieds dans ces grands chemins de randonnée ! Tu verras tu ne pourras plus t’en passer». A un moment la mère supérieure nous parla des travaux de rénovation qui venaient d’être effectués dans son établissement car appelons les choses par leur nom, le couvent était devenu hôtellerie. Il fallait bien survivre financièrement. Elle nous expliqua comment s’était organisée l’inauguration. Toutes les personnalités du canton étaient invitées, sans doute à cause des subventions accordées. Tous les artisans ayant participé aux travaux aussi, rien que de très normal. Elle mit un point d’honneur à nous préciser que c’était elle qui avait exigé que tous les ouvriers qui avaient travaillé soient conviés, jusqu’au simple manoeuvre. Je vis dans les yeux de cette grande dame le même air militant que j’avais rencontré jadis chez certains de mes collègues du chemin de fer. Cette “supérieure” parlait non pas comme un patron mais comme un employé. Certains convives tendirent un peu plus l’oreille pour entendre la bonne parole. Je me dis sur l’instant que si j’avais eu des revendications à faire entendre sur la vie en général, j’aurai mieux copiné avec la mère supérieure qu’avec certains de ces petits bobos déguisés en pèlerins. Au fil du repas, la glace s’était rompue et Jeannine la mère supérieure était devenue “dame”. J’étais content de moi aussi car j’avais participé le premier à ce chaleureux échange.

Le lendemain matin, après avoir pris le petit déjeuner, nous allions récupéré nos chaussures “crotteuses” dans le hall d’entrée. J’étais en train d’expliquer au gars de Cahors que je n’allais pas suivre le chemin jusqu’à Espalion. Je ne savais pas comment m’y prendre pour trouver ma variante. Je voulais marcher le long du Lot car je savais que mon grand-père avait pêché dans le coin. J’entendais par là, son côté pêcheur à la ligne, soyons précis… En plus de ça j’avais vu que le vrai chemin montait fort pour passer à une chapelle, lieu toujours sacré à ne surtout pas éviter pour aller à Compostelle. En me dirigeant vers ma paire de chaussures je vis une sœur un balai à la main qui me faisait signe de venir vers elle. Je la revois encore, elle était grande. Elle aurait fait un bon pivot au basket. Elle m’amena dans un coin sombre de l’endroit et elle me dit : «J’ai entendu votre embarras, normalement je ne devrais pas vous renseigner car il s’agit d’un blasphème. Pour aller au bord du Lot, il faut que vous preniez la première petite route à droite, puis la première à gauche.» Elle mis alors son doigt sur la bouche en me soufflant : «Vous n’en dites pas mot car je n’ai pas le droit de détourner les pèlerins». Je la remerciai beaucoup. Si je vous dis qu’elle accompagna son au revoir d’un clin d’oeil accentué vous n’allez pas me croire. Pourtant, je perçus en même temps son joli sourire. Un court moment après après avoir franchi le pas de la porte du couvent avec ma compagne de l’époque, je me retournai et je crus bien avoir aperçu la sœur tout de gris vêtu, tendre la tête pour s’assurer que je ne me trompais pas. J’ose à peine écrire que je lui fis un signe de la main en guise de reconnaissance.

Allez savoir si j’étais resté là-bas, peut-être aurais-je monté une autre équipe de basket, moi l’ancien “entraîneur”. Je suis à peu près sûr que j’aurais pris la mère supérieure comme capitaine car des personnes comme elle tu as toujours envie de les suivre. Quand à mon grand pivot, il eut fallu que je lui explique qu’il n’est point de raccourci dans la vie qui t’assure d’exaucer tes “voeux”… sauf à les prononcer définitivement…

Notre étape du jour allait nous conduire à Estaing  toujours dans Aveyron (19km amplitude 6h20). De temps en temps, nous ressortons mes vieux cahiers quand je discute “chemin” avec ma compagne de l’époque que je revois toujours …  Tous les deux, nous avons parcouru le Chemin de Compostelle de Genève à Saint-Jean-Pied-de-Port en intégralité soit 52 étapes et 1082 km, avec nos gros sacs à dos et sans jamais tricher … à part notre incartade de Saint-Côme d’Olt…

Pour revenir aux hébergements, nous n’avons jamais été déçus par les accueils religieux. J’irai même jusqu’à dire que j’en recherche toujours un au cours de nos périples d’une semaine. Il se passe toujours quelque choses dans ces vieilles pierres, même rénovées. A St-Côme nous avions assisté aux vêpres. Quand les sœurs ont chanté, Françoise a pleuré. Ma compagne de chemin pleure toujours dans les offices. Moi je suis fan d’orgue et j’écoute beaucoup paroles et chants. Je suis aussi à l’aise dans une église que dans une manif des insoumis, de la CGT ou de Sud Rail. Je fais toujours brûler un cierge dans les églises et j’aime bien les torches à flamme rouge dans les défilés. Je suis bizarre comme mec, hein ?

Vous verrez qu’un jour ils décideront qu’il faudra payer pour entrer dans une église. Ce sont les mêmes qui ferment les écoles, les postes et les gares. Au cours de nos marches au long cours qui nous ont fait traverser la France, combien de fois ai-je recherché de loin  le clocher d’un village !… J’ai besoin de repères et à force de me les supprimer un jour viendra où il me faudra me recroqueviller sur moi-même. Le plus tard possible, de grâce !…

Vive la marche à pied !

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Au fait avez-vous lu ou relu le petit billet mis en introduction de celui-ci ? Je ne corrigerais rien y compris les petites fautes dues au noviciat. Il arrive un temps où l’homme ne peut plus se corriger. Il demeure alors avec ses imperfections… Cette année c’est la dernière fois que j’ai 60 ans et quelques. L’an prochain, si je suis encore là, faudra s’habituer à dire 70. On a le temps… nous sommes à la retraite …

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